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Pour un changement de cap des politiques migratoires : vers la libre circulation des personnes

Visa pour le monde

Visa pour le monde - pour la libre circulation des migrants

Cet ouvrage donne la parole à ces personnes et à celles et à ceux qui les accueillent en Afrique, en Asie, en Amérique, en Europe. Réunis par l’association Emmaüs International fondée par l’abbé Pierre, ces témoignages dressent un tableau saisissant de la condition des migrants. Aller et venir reste trop souvent interdit pour la multitude des plus exclus. Cette liberté fondamentale est aussi souvent remise en cause par les rapports de domination et de ségrégation qui existent entre les nations riches et les nations pauvres.

Loin de se résigner face à ces détresses et ces inégalités, les communautés Emmaüs présentes dans trente-six pays du monde plaident dans ce livre pour que nous changions de cap et pour qu’ensemble nous défendions la libre circulation des personnes à travers la planète. Leur conviction s’enracine dans une expérience fondamentale : l’accueil inconditionnel des personnes en détresse. Dépassant les difficultés culturelles et les préjugés infondés, la richesse humaine vécue dans cette ouverture aux migrants apporte un cinglant démenti aux États qui refusent de voir la dimension prise par les migrations dans la mondialisation et n’ont comme réponse que de dresser de nouvelles barrières. Les paroles de vie des migrants accueillis dans ces communautés tranchent avec les réglementations inopérantes, les mesures coercitives coûteuses et les morts par milliers. Il est possible et indispensable de sortir des logiques sécuritaires et de considérer les personnes migrantes comme une chance et une espérance supplémentaire pour construire un monde vivable et soutenable pour tous.

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Extraits

Aujourd’hui, je gère un petit magasin où je vends un peu de tout (savon, riz, huile, sucre, etc.). Les migrants sont perçus comme des gens ennuyants, étrangers, et sont systématiquement écartés de la plupart des domaines d’activités sur le marché du travail (excepté le commerce informel) ; non seulement il y a de faibles opportunités de travail, mais il n’est pas rare d’entendre les Angolais dire que les migrants viennent amasser les richesses du pays pour aller investir dans leur pays d’origine, lorsqu’ils ne sont pas soupçonnés de trafic de drogue, etc.

Il y a eu un changement des raisons pour lesquelles arrivent des migrants depuis les années 1990. Avant ces migrations étaient essentiellement politiques. Aujourd’hui, les personnes que l’on voit arriver sont issues des mêmes pays, mais pour des raisons économiques ; elles fuient la pauvreté de nos pays voisins, espérant trouver une vie meilleure ailleurs : Chiliens, mais surtout Péruviens et Boliviens aujourd’hui.

Beaucoup vont à l’étranger pour faire des travaux agricoles, légalement ou illégalement par des réseaux différents. Certains d’entre eux sont parfois envoyés en Europe ou aux Maldives où ils peuvent avoir directement un visa en arrivant. Les migrations internes ont les mêmes causes : la très grande pauvreté et les très rares opportunités économiques amènent les personnes à aller chercher du travail très loin, plutôt que de laisser leur famille mourir de faim.

Je viens du Kosovo en ex-Yougoslavie. Je suis partie en 1990, j’ai vécu huit ans en Allemagne, puis je suis arrivée en France avec mon ex-conjoint en 1998. C’est la guerre à cette époque qui m’a fait fuir mon pays. La seule vraie difficulté est le manque de papiers. Le temps d’attente et d’obtention des papiers est très long, provoquant une angoisse permanente. Au début, j’ai rencontré quelques difficultés car sans papiers, il m’était difficile d’obtenir des droits (logement, santé, etc.). Après avoir intégré la communauté Emmaüs, c’est devenu plus facile.

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J’ai décidé de venir en Angola depuis le Sénégal afin de gagner ma vie Angola, Abdoulaye, migrant sénégalais

Aujourd’hui, je gère un petit magasin où je vends un peu de tout (savon, riz, huile, sucre, etc.). Les migrants sont perçus comme des gens ennuyants, étrangers, et sont systématiquement écartés de la plupart des domaines d’activités sur le marché du travail (excepté le commerce informel) ; non seulement il y a de faibles opportunités de travail, mais il n’est pas rare d’entendre les Angolais dire que les migrants viennent amasser les richesses du pays pour aller investir dans leur pays d’origine, lorsqu’ils ne sont pas soupçonnés de trafic de drogue, etc.

Ma plus grande peur, me retrouver sans travail ! Afrique du Sud, Kassoum, migrant zimbabwéen

Je suis arrivé en Afrique du Sud avec mon jeune frère de dix-sept ans il y a quatre mois. Nous sommes venus en Afrique du Sud directement depuis le Zimbabwe. Chez nous, il n’y a pas de travail, nous ne pouvons entrevoir aucune opportunité économique. C’est stressant de vouloir travailler et de ne pas trouver d’emploi. C’était ma plus grande peur en arrivant ici, avoir fait tout ce chemin, pris des risques pour se retrouver dans la même situation, sans travail.

À la recherche de l’Eldorado Burkina Faso, responsable Emmaüs

La grande majorité des migrations a des causes économiques. À la fois au niveau national, où l’extrême pauvreté amène les populations des régions rurales à aller vers les villes et notamment la capitale (Ouagadougou), parfois sans contact sur place, à la recherche d’un emploi, de l’Eldorado. Mais beaucoup partent hors de la région (vers la Lybie, la Guinée Équatoriale, le Gabon, le Ghana), pour des raisons économiques, espérant trouver un travail ; les fausses informations circulent sur la qualité et le niveau de vie possibles ailleurs. Une fois à destination, un certain nombre se font expulser à cause des quotas, reviennent au pays, mais sans retourner au village par peur de la honte de l’échec et de l’espoir qu’ils ont laissé croire ; ils préfèrent rester pauvres dans la capitale. C’est comme cela que régulièrement certains arrivent chez nous.

Avant les migrations étaient politiques, aujourd’hui elles sont économiques Argentine, responsable Emmaüs

Il y a eu un changement des raisons pour lesquelles arrivent des migrants depuis les années 1990. Avant ces migrations étaient essentiellement politiques. Aujourd’hui, les personnes que l’on voit arriver sont issues des mêmes pays, mais pour des raisons économiques ; elles fuient la pauvreté de nos pays voisins, espérant trouver une vie meilleure ailleurs : Chiliens, mais surtout Péruviens et Boliviens aujourd’hui.

Ils partent de leur terre à cause de la sécheresse Brésil, responsable Emmaüs

Dans notre région du Nordeste du Brésil, les migrants sont appelés “retirantes”, parce qu’ils partent de leur terre à cause de la sécheresse qui provoque misère et famine. Ils se dirigent vers les centres urbains, à la recherche d’alimentation et de travail. Ils viennent aussi bien de l’intérieur du pays que des pays limitrophes. Souvent, nous voyons arriver des familles entières très grandes, avec beaucoup d’enfants.

Dans le sac à dos, nous avions deux baguettes de pain et du saucisson, 50 dollars et un tas de rêves Pérou, Luis, migrant argentin

Je viens d’Argentine et je suis venu pour des raisons familiales. Mon épouse est péruvienne et nous pensions qu’au Pérou, nous n’aurions pas de difficultés à maintenir notre famille. En plus, avec mon expérience professionnelle, je pensais que j’aurais des facilités sur le marché du travail. Dans le sac à dos, nous avions deux baguettes de pain et du saucisson, 50 dollars et un tas de rêves.

Plutôt que de laisser leur famille mourir de faim… Bangladesh, responsable Emmaüs

Beaucoup vont à l’étranger pour faire des travaux agricoles, légalement ou illégalement par des réseaux différents. Certains d’entre eux sont parfois envoyés en Europe ou aux Maldives où ils peuvent avoir directement un visa en arrivant. Les migrations internes ont les mêmes causes : la très grande pauvreté et les très rares opportunités économiques amènent les personnes à aller chercher du travail très loin, plutôt que de laisser leur famille mourir de faim.

Ils sont arrivés depuis le début de la guerre civile Inde, responsable Emmaüs

La plupart des réfugiés du Sri Lanka sont arrivés par bateau pendant la guerre (pour beaucoup il y a environ dix ans) et sont souvent dans des camps de réfugiés. Certains sont dans ces camps depuis le début de la guerre civile il y a plus de quinze ans. À leur arrivée, ils n’ont pas de parents sur place, pas de travail et pas de moyen pour se soigner.

Il n’y a plus de vraie pluie Inde, responsable Emmaüs

Cependant, actuellement, à cause du changement climatique et du réchauffement de la planète, il n’y a plus de vraie pluie et toutes les terres d’irrigation ont été transformées en terres de construction. Des multinationales rachètent les terres et les agriculteurs ont donc dû arrêter leurs activités agricoles. La pauvreté et le chômage leur ont rendu la vie impossible et la plupart ont migré vers d’autres villes, parfois à des milliers de kilomètres pour travailler dans la construction, dans les carrières de cassage de pierres et dans la fabrication des briques. Ils touchent 200 roupies par personne par jour, vivent dans des cabanes proches de nos locaux ici à Emmaüs. Nous essayons de les soutenir.

C’est la guerre qui m’a fait fuir mon pays France, Deux-Sèvres, Anna, migrante kosovare

Je viens du Kosovo en ex-Yougoslavie. Je suis partie en 1990, j’ai vécu huit ans en Allemagne, puis je suis arrivée en France avec mon ex-conjoint en 1998. C’est la guerre à cette époque qui m’a fait fuir mon pays. La seule vraie difficulté est le manque de papiers. Le temps d’attente et d’obtention des papiers est très long, provoquant une angoisse permanente. Au début, j’ai rencontré quelques difficultés car sans papiers, il m’était difficile d’obtenir des droits (logement, santé, etc.). Après avoir intégré la communauté Emmaüs, c’est devenu plus facile.

Aux difficultés et barrières nombreuses que subissent les migrants, doivent être apportées des solutions diverses et multiples Espagne, responsable Emmaüs

Aux difficultés et barrières nombreuses que subissent les migrants, doivent être apportées des solutions diverses et multiples répondant aux besoins les plus urgents. Dans notre groupe Emmaüs, nous proposons aux migrants un accueil, bien entendu, mais aussi un accompagnement social adapté, voire intégral si besoin ; un logement, une assistance psychologique et thérapeutique, une formation basique et professionnelle, une formation spécialisée, une orientation vers des secteurs d’emploi, un accompagnement dans la recherche d’emploi…

La diversité permet une meilleure compréhension de l’autre France, Tarn-et-Garonne, travailleur social Emmaüs

L’accueil et la vie en communauté sont une réelle richesse au quotidien grâce notamment à la diversité des personnes qui la compose. Quand on a passé le cap de la langue, les relations deviennent très humaines et enrichissantes. Le sentiment du besoin de l’autre, de l’utilité de l’autre apparaît presque plus fortement avec la différence culturelle. Le travail au quotidien n’en est que plus mixte et riche lorsqu’un groupe de travail se compose par exemple d’un Bosniaque, d’un Ouzbèque, d’un Français, d’un Congolais… Cette diversité permet une meilleure compréhension de l’autre, et est un moyen d’intégration sans commune mesure avec d’autres méthodes.

Les migrants apportent une dynamique dans notre travail France, Haute-Garonne, travailleur social

L’arrivée de migrants nous oblige à relativiser nos propres existences. Leurs conditions de vie, d’accès aux droits fondamentaux ne sont bien évidemment pas toujours les mêmes dans leur pays d’origine. Et malgré cela, ils apportent des regards nouveaux, des cultures nouvelles, mais surtout une dynamique et une envie de travail qui stimulent le groupe Emmaüs. En effet, les migrants travaillent comme les autres compagnons, avec souvent de meilleures capacités. Les Français que nous accueillons ont de manière générale plus de mal à s’adapter, ils sont beaucoup plus brisés par leur passé et leur passage de vie à la rue pendant des années parfois.



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